J’inaugure une nouvelle section, qui s’intitule « 1 an après ».

Depuis un an, quasiment jour pour jour, j’écris dans un cahier les choses notables, que ce soit de gros événements ou des petits trucs qui comptent, qui me sont arrivés dans la journée. Et aussi les choses que je ne veux pas oublier. Ça dépend de mon feeling en fait, mais ça permet de voir le chemin que j’ai parcouru et de mesurer le sens et la valeur de chaque journée, même quand j’ai l’impression de n’avoir rien fait de productif. Il y a toujours une chose par jour qui me permet de me réjouir, et j’essaye de cultiver la gratitude.

Lorsque tu souffres d’anxiété et/ou d’une maladie chronique, il y a beaucoup de journées difficiles et apprendre à se réjouir des choses considérées comme « banales » par les gens qui n’ont pas le même mode de fonctionnement permet de redonner de la valeur à ce qu’on oublie d’apprécier avec le temps, à ce qu’on prend pour acquis. Ça permet de cultiver la gratitude et je pense que ça peut être bénéfique à tout le monde.

Il y a quelques années, je faisais déjà ça, mais moins assidument. A une époque où parfois certaines semaines/certains mois ressemblaient à une suite de jours durant lesquels je ne pouvais pas mesurer ma valeur à la productivité classique qu’on attend d’un être humain dans notre société (c’est à dire : travail, argent, sorties et vie sociale importante, compétences physiques, vie sexuelle épanouie et fréquente, beach body de mon cul), noter les petites choses qui m’avaient apporté de la lumière ou les choses que j’avais réussi à accomplir malgré la fatigue et l’anxiété m’a tout simplement permis de voir que chaque journée avait de la valeur, même si j’avais eu l’impression de « ne servir à rien ».

22 août 2017 et 22 août 2018

La date du 22 août est importante. En 2017, elle clôture un peu une longue période de pérégrinations difficiles, que je vous relate en plusieurs parties ici : Partie 1 (le reste arrivera dans quelques temps).

Le 22 août 2017 : Mes premiers pas dans le monde de la musculation, et la fin d’une période sombre

Je n’entrerai pas forcément dans les détails dans cette section, car je préfère m’étaler dans des articles plus longs, mais il y a un an, voici ce que j’écrivais dans mon journal :

« Enfin de la joie, du soulagement et de l’optimisme. »

Deux choses importantes sont à retenir de cette date, il y a un an.

Envie de devenir une fille forte

A cette date, cela faisait plus de deux ans que j’avais des douleurs dans les genoux, et j’en étais à mon 5 ème mois à la salle de sport. Mon passif sportif avant ça consistait en quelques mois de vélo d’appartement et de gainage dans mon salon et à des années de stress à se faire choisir en dernier dans les équipes sportives en EPS au lycée.

J’arrivais doucement à m’enlever de la tête que j’étais une merde en sport, ce que j’avais toujours pensé. Ce qui est une putain de connerie parce qu’il n’y a pas de merde en sport, il n’y a que des sports pas assez inclusifs ou des expériences traumatisantes qui nous empêchent de prendre confiance et plaisir.

A l’époque, je ne faisais que des cours collectifs et quelques machines de musculation, un peu au feeling, sans vraiment savoir ce que je faisais, sans avoir de programme particulier. Je ne me challengeais pas vraiment et je n’osais pas sortir de ma zone de confort.

C’était déjà assez dur comme ça d’aller sur le plateau de musculation.

Mais sur Instagram et à la salle, je voyais des filles du côté musculation libre de la salle, c’est à dire qu’elles n’utilisaient pas que les machines. Elles travaillaient majoritairement avec des poids libres et des barres, et faisaient des mouvements type squats et soulevés de terre.

Je trouvais ça incroyable et badass. Tellement loin du cliché de ce qu’on attendait des femmes d’un point de vue sportif (après, j’ai découvert le côté ultra normatif de ce qu’on attend de certaines fitgirls également, mais j’en parlerai dans un autre article).

Je voulais faire partie de ce monde, devenir une de ces filles fortes qui font de la musculation. Je le sentais en moi.

Quelque chose s’était mis à vibrer. C’était le dernier endroit où l’ont m’aurait attendu, et pourtant, je savais que j’y avais ma place.

Jamais, 6 mois auparavant, je n’aurais cru pouvoir être une de ces filles un jour. L’idée ne m’avait même pas traversé l’esprit.

Je m’étais inscrite à la salle de sport, comme beaucoup de monde, pour perdre du poids, mais ce n’était pas un objectif amusant.

Finalement, si je voulais être une fille qui pratique la musculation et soulève lourd, qu’est-ce qui me séparait de cet objectif ? Moi uniquement.

Mais je ne voulais pas me lancer seule, je voulais avoir des bases solides et ne pas me blesser, surtout avec mes problèmes de genoux.

Je contacte un coach sportif pour la première fois

Donc, début août 2017, je prends mon courage à deux mains et contacte un coach sur Internet, pour lequel j’avais vu des affiches dans les vestiaires.

Il me recontacte rapidement par téléphone. A l’époque, je n’ai aucune idée des tarifs ni des méthodes, et je souhaite surtout avoir des informations.

Le courant passe très bien avec le coach, et il me fixe un rendez-vous dans mon club de sport pour en discuter de vive voix. Il me dit que, puisque son planning est déjà très chargé, ce serait un autre coach qui prendrait en charge mon entraînement.

Il s’agissait de mon prof de bodycombat, aussi coach personnel, et j’étais à l’époque très intimidée par lui. Je n’avais pas encore tous mes repères à la salle et ce coach en question avait, selon mes estimations, quasiment le même âge que moi (il est en réalité plus jeune d’un an).

Ce 22 août, donc, marque la date de cette réunion entre le premier coach, on l’appellera le Méga Coach, vu sa stature, le Jeune Coach et moi.

Je suis hyper stressée au début ; Méga Coach est bourru et gentil, Jeune Coach est sûr de lui et un peu le stéréotype du coach séduisant et qui le sait. Mais rapidement, je me sens plus à l’aise et je leur parle de mes objectifs. Je leur explique mes problèmes de genou, ma maladie du sommeil et mon envie de soulever des poids « parce que ça a l’air hyper fun ».

Objectif : soulever 100kg un jour

Je ne mentionne pas une envie de perdre du poids, car je ne veux pas qu’ils se focalisent là-dessus. Je leur dis que je ne suis pas contre le fait de perdre quelques kilos, mais que mon objectif principal est de soulever 100 kg un jour.

Méga Coach me dit « Bah tu vas les soulever ne t’inquiète pas ! Mais tu vas devoir pousser un cri hein je te préviens ! » (c’est vrai que ça pèse lourd 100 kg). Je suis hyper heureuse d’entendre ça.

Il me dit que si on commence en septembre, d’ici décembre je peux déjà avoir des résultats super satisfaisants.

Il me parle des tarifs. C’est cher, un peu comme je m’en doutais, et il faut prendre un abonnement mensuel ou un forfait de 10 séances. A l’époque, ces 10 séances représentent une bonne partie de mes économies. Le coaching individuel est une service de luxe et j’en ai conscience.

Devais-je donc mettre une grosse partie de mes économies dans 10 séances de musculation avec un coach ?

Je me suis fiée à mon instinct, et la réponse a été un oui retentissant. Je devais dire oui, j’en mourrais d’envie, je voulais le faire. Je le sentais dans mes tripes.

Je sortais d’une période difficile, d’une rupture avec un gros con, et je prenais petit à petit conscience qu’en fait, malgré tout ce qu’on m’avait dit depuis que j’étais enfant, j’étais une fille qui aimait le sport (mais pas tout les sports, et juste le sport à ma sauce).

Et maintenant, j’allais pouvoir devenir ce que j’avais envie de devenir, c’est à dire une fille qui pratique la musculation pour soulever lourd et se sentir forte ? Je n’en croyais pas mes oreilles.

C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de toutes mes croyances à la con sur moi. Et ce putain de vase s’est même brisé sur le sol dans un fracas qui m’a fait plaisir aux oreilles.

Je pouvais être ce que je souhaitais.

Et je pouvais le faire pour moi. Rien que pour moi.

Je pouvais me faire ce cadeau et miser sur moi.

En sortant de cet entretien avec Méga Coach et Jeune Coach, j’étais calme, heureuse, et profondément en phase avec moi même.

Ça a été le début de plein de choses merveilleuses.

Un tri drastique

En rentrant, j’ai décidé de faire un « tri drastique », comme je le note dans mon journal, des choses dans mon appartement.

J’ai notamment fait quelque chose d’extrêmement important.

J’ai rangé ma boîte à pharmacie, et j’ai enfin jeté un médicament qui m’avait fait plus de mal que de bien. Il s’agissait d’un médicament sédatif utilisé en traitement nocturne comme traitement des troubles du sommeil, pour ma maladie. Mais j’avais découvert qu’en prenant une toute petite dose, par rapport à la dose recommandée, on obtenait des effets euphorisants et très anxiolytiques.

Quelques années plus tôt, et quelques semaines en cette année 2017, lorsque je sortais avec ce fameux mec, j’en prenais de temps en temps, quand l’anxiété était trop forte, pour planer quelques heures. Et lorsque les effets se dissipaient, j’étais encore plus dans le gaz. Je dormais donc mal et était encore plus fatiguée la journée.

Mon ex, amateur de drogues, avait testé et trouvé ça « cool ».

Il ne comprenait pas que, même si je souhaitais me donner une apparence de fille qui utilise ça de temps en temps en la jouant « cool », et qui n’en utilisait que très peu et très occasionnellement, ce n’était qu’un leurre pour fuir et ne pas accepter mon anxiété comme quelque chose faisant partie de moi et qui n’est pas honteux.

Je ne vous donnerai pas le nom du produit, ça n’a pas de sens.

Mais sachez que ce 22 août, j’ai pris la dernière fiole qu’il me restait, celle à laquelle je n’avais pas touché depuis presque 6 mois, celle que je gardais « au cas où », et je l’ai jetée.

Ça ne m’a jamais manqué, et je suis heureuse d’avoir trouvé l’élan de faire une belle action pour moi ce jour là en m’offrant des cours de musculation, ce qui m’a permis de me donner envie de faire de belles choses pour moi, et de jeter tout ce qui n’allait pas dans le sens de mon bonheur.

Je pense que je n’aurais pas pu la jeter avant, et que le bon moment est arrivé ce jour là, après un long cheminement qui m’a fait grandir.

Ça avait commencé plus tôt dans l’année en me séparant de cet ex et en m’éloignant d’un autre sport qui ne me convenait plus, et ces deux actions du 22 août ont conclu l’affaire et m’ont mise sur un chemin plus apaisé, sur lequel je suis encore aujourd’hui.

Je ne regrette pas d’avoir pris ce produit à quelques moments dans ma vie. Pas pour les effets que cela m’a procurés, mais pour comprendre ce qui me servait et me desservait. Je n’étais pas ce qu’on appelle communément « droguée », puisque ma consommation était vraiment occasionnelle et en très petite dose. Je ne ressentais ni manque ni pulsion à le prendre. Mais je l’utilisais pour calmer mon anxiété. Et peut-être que ça fait aussi partie de la définition de « droguée », finalement.

J’ai agi comme ça parce que je n’étais pas en phase avec moi et que je voulais m’échapper de, à défaut de pouvoir maîtriser, ce que je pensais être une malédiction honteuse, mon anxiété, et que j’ai toujours agi du mieux que je pouvais, avec les ressources mentales et physiques que j’avais, à un instant t.

Ça ne sert à rien de blâmer la Laura des années passées, car elle a toujours fait de son mieux. Et elle a énormément appris.

Je ne serais certainement pas aussi apaisée aujourd’hui si je n’avais pas expérimenté le chaos plus tôt.

Je n’ai plus honte de mon anxiété, je n’essaye pas de la masquer à tout prix, et je préfère la ressentir plutôt que d’être enveloppée dans la solitude tranquille et hébétée des substances anxiolytiques. Je suis heureuse de l’avoir expérimentée, car cela a forgé la personne dont je suis fière aujourd’hui.

En plus de ça, en parlant de mon anxiété et de ma fatigue sur les réseaux sociaux, j’ai trouvé beaucoup plus de résonance et de réconfort que dans n’importe quelle fiole anxiolytique.

Je précise à toutes fins utiles que je suis complètement pour l’utilisation de médicaments pour la santé mentale, mais ce produit n’en était pas un. Il n’était pas fait pour cet usage. Aujourd’hui, je suis d’ailleurs sous anxiolytiques (légers, pour mon cas). Il n’y a rien de honteux à prendre des médicaments !

22 août 2018 : un projet créatif et professionnel et de la sincérité dans mes échanges

Aujourd’hui, nous sommes le 22 août 2018, et de belles choses se sont produites aussi. Elles n’auraient pas pu avoir lieu sans ce 22 août 2017.

Un projet d’entreprise qui me met des paillettes dans le cœur

Cet après-midi, j’ai enfin reçu les matières premières que j’attendais tant, pour la création de ma nouvelle marque de bijoux, « Laura Coupeau ». Il s’agit de 17 belles planches d’acrylique marbrée et à paillettes, qui sont mes petits trésors avec lesquels je veux fabriquer de belles broches.

Elles sont encore plus belles que dans mon esprit et me remplissent le cœur de joie et de motivation.

Une discussion importante

J’ai mangé ce midi avec ma mère et ai eu une discussion extrêmement importante, à coeur ouvert, avec elle. Elle m’a dit des choses qu’elles ne m’avait jamais dites, et moi aussi, et nous retenions nos larmes au dessus de nos burritos. C’était important et plein d’amour. Je n’aurais jamais pu parler comme cela il y a deux ans.

Je me suis encore plus rendu compte de l’amour que je portais à ma mère, à ma soeur, à ma cousine, et aux femmes qui étaient passées dans ma vie, mes grand-mères.

Hors de la zone de confort, encore

Après ça, je suis, sur un coup de motivation, allée voir le nouveau club de sport qui m’intéresse, vu que mon club de sport actuel a fait des changements qui ne me conviennent pas (genre ils ont enlevé le bodycombat, le cours qui me permet de préserver mon équilibre mental et de me sentir puissante, semaine après semaine).

J’y suis entrée sans stress, j’ai visité les locaux et posé les questions que je souhaitais poser. Un an et demi auparavant, je n’osais même pas entrer dans le club de sport dans lequel je suis aujourd’hui sans quelqu’un pour m’accompagner.

Je me suis imaginée devoir changer de salle et devoir reprendre mes marques dans un tout nouvel endroit, sans connaître personne. Je me suis imaginée devoir me jeter volontairement, me pousser hors de ma zone de confort pour aller parler à des gens avant et après les cours collectifs.

Et puis je me suis dit : tu l’as fait une fois, pourquoi pas une deuxième fois ?

Et qui sait ce que ces petites graines plantées donneront dans un an ?