Je n’ai pas écrit sur ce blog depuis quasiment un an, et une des choses qui me bloquaient, et qui me bloque souvent dans plusieurs aspects de ma vie, c’est cette envie de faire les choses parfaitement bien, ou de ne pas les faire (c’est finalement une méthode d’évitement et de procrastination, dans le sens : angoisse qui t’empêche de faire la chose en question).

J’ai pensé et repensé aux articles que je souhaitais écrire, sans passer à l’acte avant d’être certaine que ça pourrait être parfait, et exhaustif, et bien mis en page. Mais avant tout, à la base, j’avais pour vocation ici d’écrire mes pensées, mes ressentis, mon histoire. Et on ne peut pas être exhaustif avec ça.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de vous partager mes pensées du jour, de vous raconter quelques petites choses comme ça.

Marcher

Je marche beaucoup plus qu’avant, en ce moment. Depuis que j’habite dans l’hyper centre de Rennes, la plupart des endroits où j’ai besoin d’aller, kiné, café, supermarché, pressing, mon bar préféré, tout est à portée de jambes. Alors je marche, je redécouvre le plaisir de marcher.

Et je réfléchis énormément, quand je marche. Je suis souvent pleine d’optimisme, quand je marche. Même quand je quitte (quand je parviens à quitter) mon appartement avec le coeur lourd, beaucoup de fatigue et de pensées redondantes, la marche permet de m’en extraire un peu, et de retrouver de la force.

Par exemple, c’est toujours un peu dur de sortir de chez moi pour aller à mon rendez-vous, toutes les deux semaines, chez la psychiatre. Mais je dois un peu marcher pour y aller, et prendre un bus (prendre le bus, quand c’est pour un trajet plus long que 5 minutes, c’est très agréable pour penser aussi), et souvent, cela me permet de rassembler mes pensées, mes objectifs, de voir un peu le monde en mouvement, de m’y mêler, et de retrouver de l’espoir et de l’enthousiasme pour les choses. Pas que des choses futiles, genre « ok, je vais faire le ménage », mais plutôt « ok, voici le sens de ma vie, je veux rendre la vie des gens plus douce, et j’y arriverai ».

A mon avant dernier rendez-vous chez la psychiatre, je suis arrivée et je lui ai dit :

Je suis dans la merde, c’est le chaos et je ne me sens pas si bien en ce moment, mais je sais que je vais m’en sortir, je sais que même au fond du trou, je me dis toujours que demain sera plus doux ; heureusement que je m’ai, je sais que la formulation est bizarre, mais voilà ce que je pense.

Elle a trouvé cette phrase « Heureusement que je m’ai », vraiment intéressante, elle l’a notée, elle était contente d’entendre ça de ma bouche.

Pour moi, c’était important, c’est vraiment ce que je pensais à cet instant. Même si j’ai du mal à le croire en permanence, à m’avouer clairement « je peux compter sur moi-même », l’expérience m’a quand même imprimé ça dans le corps : je sais que malgré tout ce qui arrive, je finis toujours par rebondir, et à la fois c’est extrêmement réconfortant, et à la fois, étrangement, des fois j’aimerais ne pas être dans cet équilibre permanent entre léger désespoir et relative tranquillité d’esprit, oui étrangement, des fois je me dis que j’aimerais que ça aille super mal un bon coup, pour que tout le négatif sorte, et qu’en contrepartie, le reste du temps, ça aille genre super mais alors super bien. Et en même temps, j’écris ça, mais je n’en suis pas certaine. Aller super super mal, j’ai déjà testé, et c’est vraiment à chier.

Je sais que je suis forte, je sais que je m’en sors toujours, mais j’avais lu ça dans une BD de Quentin Zuttion, une de ses personnages, si je me souviens bien, disait qu’elle en avait marre d’être forte, elle voulait juste de la légèreté.

Un peu de légèreté

Voilà ce à quoi j’aspire, un peu de légèreté.

J’en ai eu ce week-end, parce que les choses comment à aller mieux. Et j’en ai eu tout le mois de juillet, alors que je tombais doucement amoureuse d’un homme avec qui finalement rien n’aura été possible.

J’ai en tout cas goûté à cette légèreté, elle existe, elle est possible, et pour moi, elle est quand même de plus en plus présente dans ma vie, maintenant que j’ai un métier passionnant, duquel je suis fière, parce qu’il est taillé sur mesure pour moi. Maintenant que je suis indépendante financièrement et que je fais confiance à mes décisions. Maintenant que je me connais mieux, que je ne lutte plus contre ma maladie, que je n’essaye pas de me guérir à tout prix. Maintenant que j’ai un rapport plus sain au sport et à mon corps et que quand même tout à l’heure je me suis dit que j’aimerais être personne d’autre que moi.

J’en parlerais dans mon article à venir sur la solitude, mais je sais que pour moi, une légèreté d’esprit totale peut surtout exister lorsque j’ai l’impression d’avoir trouvé une résonance amoureuse dans un être humain, d’avoir trouvé quelqu’un qui me correspond, qui me stimule, qui m’accepte en entier, qui s’intéresse à moi pour ce que j’aime en moi, pour ce dont je suis fière, pas pour ce que je reflète sans pouvoir vraiment agir dessus : la fille tatouée/piercée ; la fille un peu voluptueuse ; la fille marrante (tant qu’elle est pas prise de tête).

C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait vraiment, cette connexion intellectuelle, cet été, et je sais que ça arrivera de nouveau.

En attendant, j’ai quand même la sensation rassurante d’être là pour moi et de pouvoir assurer mes arrières, de pouvoir continuer dans la voie qui est la mienne.

Regarde, là j’écris sur mon bureau, dans mon super atelier, y’a mon lave-vaisselle qui fait un peu de bruit (mais ça veut dire que j’en ai un, et ça m’économise beaucoup de cuillères !), un petit mix de musique lo-fi, mon chat Mina qui dort paisiblement sur son arbre à chat, elle qui a failli mourir cette semaine, y’a une ambiance lumineuse parfaitement apaisante, dans la pièce, et tout ça existe car j’ai su me créer un environnement apaisant, à l’image de mes goûts, de mes envies, sans avoir à faire de concessions, sans avoir à partager l’espace avec quelqu’un. Parce que j’ai bossé dur, parce que j’ai cru en moi, parce que j’ai investi sur moi.

Le marché de Noël

Et je suis heureuse car le marché de Noël que j’organise, avec plein de chouettes artistes, est dans deux mois, et j’ai carte blanche, je me donne carte blanche, pour organiser moi-même cet espace magnifique que j’ai choisi, un atelier d’artiste dans Rennes, pour créer un lieu accueillant, dans lequel les gens se sentiront bien, où ils pourront acheter un petit cadeau pour un.e proche ou pour eux-mêmes car iels le méritent. C’est pas juste un marché pour vendre un max de choses, c’est pour moi vraiment un projet d’espace convivial où je pourrais rencontrer des gens fabuleux, des gens qui me comprennent, des gens qui souvent ou un peu moins souvent se sentent complètement en décalage avec ce monde ultra chelou, dans lequel je sais pas trop comment me mettre non plus.

Ce sera une parenthèse, ce sera imparfait, ce sera fatiguant, j’aurais tout fait avec mon coeur, et j’espère que les gens seront heureux de leur visite.

Depuis toute jeune, j’ai toujours aimé lancer des projets, fabriquer des choses, mais je me suis toujours heurtée aux problèmes de jalousie, d’égoïsme, d’incompréhension, de différences d’envie, avec les autres.

Le projet « Laura Coupeau » m’aura permis d’aller où je souhaite, et bien plus loin encore, et je sais que cela m’emmènera vers des choses merveilleuses que je ne peux même pas encore imaginer pour l’instant. En lançant ma marque il y a un an, je n’imaginais même pas qu’un jour j’aurais ma propre machine de découpe laser, moins de six mois après les débuts, et qu’un an après avoir fait ma soirée de lancement/boutique éphémère dans une belle salle, je louerai un lieu 5 fois plus grand pour y faire un vrai marché de créateur.ices, à ma sauce.

Un cours de sport comme privilège

J’en reviens à la marche : en ce dimanche matin, je marchais pour aller à la salle de sport.

J’ai ressenti une grande solitude ce matin, je ne savais pas trop quoi en faire, je me suis dit que je ne devais surtout pas me laisser comme ça toute la journée, avec cette solitude tellement serrée autour du cou qu’elle t’empêche d’en parler à tes ami.e.s proches, parce que t’as peur de les saouler, parce que t’as peur qu’iels aient autre chose à faire. Parce que t’as peur de te heurter à leur non solitude.

Alors je me suis dit que j’allais aller faire un peu de musculation, parce que ça me fait me sentir forte, et que ça sécrète des endorphines, et que ça me ferait sortir, et que ça me ferait des p’tits muscles, et que ça me donnerait une bonne raison de prendre un bain à l’huile d’arnica et de pin, après, en lisant un livre.

Et avec le rythme de mes pas, dehors, j’ai dépassé un couple de personnes retraitées, qui marchait, main dans la main, pour visiter un peu Rennes.

J’ai imagine leur pensées, tandis que je passais devant eux et que je m’éloignais d’un pas plus vif que le leur ; je me disais que, même inconsciemment, ils se diraient : « Ah ! la jeunesse, elle marche plus vite, elle a la santé, qu’elle en profite. »

Un jour, au milieu d’un cours de fitness très cardio, inspiré des arts martiaux, pendant une pause pour aller boire de l’eau, une dame d’une soixantaine d’année m’a dit : « eh bien, quelle énergie, c’est beau la jeunesse, vous avez de la chance ». Et c’était dit très gentiment, et je l’ai très bien pris. J’ai juste répondu que j’adorais ce cours.

Mais ça m’a confortée sur le fait qu’on jugeait les gens, inconsciemment, bien vite, sur leur état de santé, et moi-même je le fais.

Mais ce qu’elle ne sait pas, et ce qu’elle ne peut pas savoir de toute façon car je suis quasiment la seule à le savoir, c’est que si je saute si haut, avec autant de ferveur, durant ce cours, si je vais si loin dans mes mouvements, si j’ai autant d’énergie, déjà oui bien sûr c’est parce que mon corps me l’autorise, et j’en suis reconnaissante, mais c’est aussi parce que mon corps me fait souffrir souvent, qu’il ne fonctionne pas comme un corps de personne valide, que j’ai vécu plusieurs dépressions, que j’ai été avec des hommes qui m’ont traitée comme de la pure merde, mais une merde confortable pour leurs envies sexuelles.

C’est à toutes les personnes qui m’ont manqué de respect que je pense quand je frappe dans le vide au son de la musique. C’est à mon corps allongé sur un lit d’hôpital à la Pitié Salpêtrière que je pense, une perfusion de médicament expérimental dans le bras, après avoir vomi de stress pendant plusieurs heures, c’est à mon corps dans cet état là que je pense quand je saute haut, quand je chante, c’est pour lui que danse, que je vais au bout du mouvement, que je le fais à 120%. C’est parce que je sais que je ne suis pas toujours capable de venir faire du sport, que je ne m’en croyais pas capable, physiquement, à cause de ma maladie, mais aussi physiquement, parce qu’on m’a toujours dit que je n’étais pas sportive, et mentalement, parce que je pensais ne jamais pouvoir supporter d’être seule dans une salle de sport.

C’est parce que je sais que je suis handicapée et que je n’aurais jamais cru avoir l’énergie de pouvoir faire tout ça un jour, que je le fais avec tant de respect. C’est presque un miracle d’être si épuisée, infiniment épuisée, et pourtant de pouvoir me surpasser à partir du moment où j’entre dans la salle de cours.

Pour moi, ce n’est pas acquis, c’est un privilège, une chance, une fête. Et je sais que ça l’est pour plusieurs personnes dans chaque cours de sport, et j’aimerais que ce soit cela qui soit félicité, le fait d’être là, malgré toutes nos galères et nos limitations et nos différentes. J’aimerais qu’on voit dans mon entrain autre chose que la preuve d’un corps valide, car c’est faux, mais bien la preuve que je suis vivante, reconnaissante, et agitée par des vents forts, agitée par quelque chose, vraiment.

Et je sais que cela n’aidera pas forcément mes douleurs au dos, ou la faiblesse de mon périnée, mais pour mon mental, c’est sans pareil. Je sais que souvent, j’ai mal après, je mets du temps à récupérer, c’est une question de choix, un cours de sport n’est pas un choix à la légère pour moi (et mon corps ne me permets pas de faire ce genre de cours en ce moment, il a besoin de plus de douceur). Je choisis d’être là, en toute conscience, et je sais que les répercussions seront plus lourdes que pour celle d’un corps totalement valide, mais plus légères que pour celles d’un corps moins valide que le mien.

Peut-être qu’on ne peut jamais savoir

Quand j’ai dépassé ce couple de retraités ce matin, je me suis dit que ce que je voyais, moi, c’était une fille qui avait réussi à s’extirper de chez elle malgré l’envie de rester à l’intérieur, confortable, au chaud. Et qui avait réussi à aller à la salle de sport un dimanche matin, alors que c’est bondé.

Une fille qui avait enfilé un beau jean alors qu’elle se l’était interdit si longtemps car elle se pensait trop grosse pour ce genre de choses (alerte au bullshit). Une fille qui porte fièrement ses broches comme protection, comme gris-gris, comme fierté. Une fille qui sort sans maquillage, alors que des années auparavant, ça n’aurait pas été possible. Une fille qui va au sport même si elle est beaucoup plus serrée dans sa tenue, car elle a pris du poids, mais qui a réalisé que le plaisir du sport était beaucoup plus important – en réalité, la seule chose important, face à l’envie d’apparaître lisse, sans aspérité, sans peau qui dépasse trop, sans bruit.

Voilà pourquoi j’essaye de garder à l’esprit, quand je marche dans la rue, que chaque personne a ses propres combats. Que les corps en apparence valides ne le sont peut-être pas, que les visages en apparence apaisés cachent peut-être des esprits perdus en pleine tempête, que les personnes se tenant la main ont peut-être une relation compliquée. Après tout, moi aussi je tenais la main de V. dans la rue après qu’il m’ait humiliée une fois de plus (cette fois, c’était peut-être la fois où il m’avait laissée manger devant lui, sans me regarder, dans un silence horrible, plein de mon sentiment de culpabilité et de honte, pendant qu’il était sur son ordinateur, exaspéré parce que j’avais voulu aller me chercher quelque chose de bon et de vegan à manger, à la biocoop, alors qu’il voulait me faire manger autre chose et que je n’avais pas voulu).

Et peut-être que ce couple de retraités, ce n’était pas des retraités. Peut-être qu’ils tiennent la plus belle maison d’hôtes de Bretagne, peut-être qu’ils ont un chien et des oies, peut-être qu’ils se sont rencontrés sur un site de rencontre, peut-être qu’ils peuvent enfin vivre l’amour qu’ils méritent, peut-être qu’il aime le pain de mie sans les bords et qu’elle boit du rooibos aux amandes, peut-être qu’ils ont perdu un enfant, peut-être qu’ils n’en ont jamais voulu, peut-être qu’ils visitent Rennes une dernière fois avant de s’enfuir aux Baléares.

Peut-être, peut-être. Tellement de possibilités derrière chaque passant, mais généralement, jamais ce à quoi on s’attend.