Vendredi soir, je me suis lancé un défi histoire de sortir de ma zone de confort. Un petit défi, une petite chose.

Voilà d’où tout est parti : j’étais à Décathlon, la semaine dernière, pour m’acheter des protections de genoux afin d’aller faire du patin à roulettes avec une amie.

En passant devant le rayon « aquagym », je me suis souvenue que cela faisait plus d’un an que je me disais que j’allais tester les cours d’aquabiking dans ma salle de sport (des cours de vélo dans un bassin de piscine), mais que, comme ça me faisait un peu flipper, je ne m’y étais finalement jamais mise.

Il ne me manquait qu’un accessoire dans mon attirail, une seule excuse me séparait du passage à l’acte : les chaussures en caoutchouc obligatoires pour pouvoir faire le cours. Des chaussons en plastique Domyos hyper sensuels qui permettent en prime d’éviter d’attraper des grosses girolles entre les orteils dans le pédiluve (sérieusement, j’ai appris ce mot très récemment, pour parler du bac à mycoses dans les piscines, et ça me plait).

L’aquagym et moi : deux expériences cheloues

C’est simple, j’ai fait de l’aquagym deux fois dans ma vie dans cette salle de sport.

– La première fois, c’était un cours d’ « aquaboxing » (oui oui, on a « aquat-tout », on a même de la putain d’ « aquazumba », c’est pas des blagues), et je me suis dit « tiens, j’adore le bodycombat (un cours fitness inspiré des arts martiaux), là ça va être la même chose mais dans une piscine, ça peut être cool ». Spoiler : non. On avait des gants de boxe en plastique, on était pas coordonnés avec la musique et j’avais juste l’impression qu’on était tous en train de jouer une pièce de théâtre qui se serait appelée « grosse syncope collective dans une piscine à Rennes ».

– La deuxième fois, c’était un cours d’ « aquafitness », c’était super cardio, pas vraiment amusant, mais le truc horrible c’était que mon amie et moi, on avait pas prévu le bonnet de bain ni les chaussures en plastique. Hors, le bonnet est indispensable et les chaussures recommandées pour ce cours. Mon amie a eu un bonnet de bain oublié, prêté par le club. Quant à moi, et c’est véridique, le coach m’a mis une protection en plastique pour chaussures (comme dans les hôpitaux) sur la tête. Ça me faisait une corne assez cheloue. Mais c’était ça ou ne pas faire le cours, et tant qu’à faire des jumping jacks en maillot de bain Domyos dans un carré de piscine, j’étais plus à ça près. Bref, ma pote et moi, on avait pas de chaussures, et le revêtement de la piscine est légèrement rugueux. Comment vous dire ? Le cours nous a littéralement râpé les pieds sur la surface rugueuse. Je veux pas insister mais je vais légèrement insister quand même : mon pied est parti en carotte râpée.

Bref ! Nous ça pour vous dire que j’ai pas hésité à prendre mes petites chaussures en plastique à 10€ chez Décathlon.

Pourquoi sortir de ma zone de confort sportif ?

Vendredi dernier, donc, je vais sur le site Internet de ma salle de sport et je m’inscris à un cours d’aquabiking pour le lendemain à 12h30, hop, comme ça, obligée d’y aller.

Pourquoi c’était important pour moi d’y aller ? Pourquoi est-ce que ça allait me sortir de ma zone de confort ?

– Parce que faire du sport en maillot de bain, c’est quelque chose. C’est quelque chose aussi quand tu fais un bonnet E et qu’un de tes seins est prêt à tout moment à te faire un crochet du droit si tu le calmes pas dans une brassière.

– Parce que je n’avais jamais fait ce cours, et que je déteste cette sensation de « ne pas savoir / être à la ramasse ». Pourtant, dans tout ce que je fais aujourd’hui avec facilité à la salle de sport (et globalement dans tous les aspects de ma vie), il a bien fallu que je sois inconfortable, à la traîne et un peu découragée à un moment.

– Parce que j’avais des grosses courbatures à cause d’une reprise intense de la musculation après 1 mois et demi d’arrêt et un cours de RPM (un autre cours collectif sur un vélo, mais sur la terre ferme cette fois), et que je n’étais donc pas certaine de réussir à tenir la cadence. Et dans ce cas, que se passerait-il ? Que se passerait-il si j’avais si mal aux jambes que je ne puisse plus pédaler à la bonne vitesse et que je sois obligée de m’arrêter ?

– Parce que les choses les plus intéressantes arrivent lorsque je me force à plonger dans l’inconfort.

Le moment redouté

Bref, le samedi matin, c’est avec une joie dissimulée car finalement inexistante que je me suis rendue à la salle de sport.

Honnêtement, j’avais pas du tout envie d’y aller, je sentais que ça n’allait pas être fun, que ce n’était pas vraiment ma place.
Voir deux visages familiers et bavarder un peu avant d’aller au cours m’a permis de dédramatiser un peu.

Puis j’ai enfilé mon maillot, ma capote de tête qui me gratte le front et je suis allée dans la piscine.

Alors, au cas où vous auriez peur de tester un nouveau cours collectif dans une salle de sport, sachez que mon expérience légèrement désastreuse va vous faire relativiser et vous montrer qu’on peut y survivre.

– En aquabiking, et ça, je n’en avais aucune idée, il faut attraper son vélo hors de l’eau et le descendre soi-même dans la piscine. Et ça pèse lourd, tu vois. Et je suis arrivée pépouze 2 minutes avant le début et les meufs étaient déjà en train de pédaler tranquilles. Heureusement, une fille que je connaissais m’a aidée à mettre le vélo dans l’eau.

– Ensuite, j’ai lutté pour essayer de régler la hauteur du guidon et de la selle. Impossible de comprendre dans quel sens il fallait tourner les leviers. Une autre fille a essayé de m’aider, on a réglé la selle, et dès que je me suis assise dessus, elle s’est redescendue au niveau minimum. C’est le moment où le prof est arrivé et a commencé le cours. J’ai méga paniqué et j’ai réglé vite fait le vélo comme j’ai pu avant de finalement me foutre dessus. C’était probablement le seul et unique moment fun du cours : sauter sur un vélo avec la sensation de l’eau qui te porte.

– 3 minutes après que le cours ait commencé, je me suis aperçue que mes pieds n’étaient pas bien tenus dans les étriers alors j’ai tiré sur la sangle pour la resserrer. Et. Elle. S’est. Cassée. Elle m’est littéralement restée dans les mains. Impossible de pédaler. Je venais de péter mon vélo dans le plus grand des calmes. J’ai dû essayer d’expliquer ça au prof par dessus le mix de musique house qui passait derrière. J’ai dû lui remonter mon vélo, et il a dû m’en descendre un autre, tout en continuant à expliquer les mouvements aux autres. Ah bah ça… J’avais demandé de l’inconfort, j’étais vernie.

Le cours était à la fois trop simple pour moi sur les aspects cardio, mais trop compliqué pour la débutante que j’étais, sur certains mouvements demandant de l’équilibre, comme le fait de devoir pédaler en danseuse mais sans les mains (wow eh sérieux).

– Parfois, on alternait les mouvements très rapides sur le vélo puis on descendait et on faisait des montées de genou à côté du vélo, dans l’eau, et mon chausson en plastique s’est fait la malle.

Après l’effort, l’inconfort, encore

Quand le cours est terminé, je suis allée faire un tour au hammam du club avec l’adhérente qui m’avait aidée à descendre mon vélo dans l’eau.

Ensuite, je suis allée prendre ma douche. J’étais nue comme un verre, et mon savon a glissé sous la porte. Je me suis donc mise à quatre pattes pour essayer de l’extirper de sous la porte, après avoir poussé un juron. En me relevant, ma gourde est tombée et s’est fracturée par terre.

Après ça, je me rhabille dans les vestiaires et en me mettant debout, je me dégomme le crame sur une porte de casier ouverte.

Ça, c’était la mise en jambes.

Culture de la minceur

C’est alors que, en finissant de me rhabiller, j’entends une discussion entre l’adhérente et une des coachs.

La coach lui explique qu’elle a perdu 2kg en vacances et qu’elle est maintenant à un poids (que je n’ai atteint qu’une fois lorsque j’avais 13 ans je pense) assez bas, qui l’inquiète un peu si j’ai bien compris. L’adhérente renchérit qu’effectivement, la coach a « perdu son cul ».

Ensuite, alors que nous nous séchons les cheveux l’une à côté de l’autre, l’adhérente me dit qu’elle aimerait vraiment perdre au niveau des hanches et du cul, mais que malheureusement on ne peut pas choisir d’où on maigrit.

Je ne sais pas comment ça arrive dans la conversation, mais je lui dis que je suis vegan. Elle me dit « ah oui, ton amie Unetelle aussi, elle est végétarienne, du coup ça se voit, parce qu’elle est très mince ».

C’est là que j’ai commencé à me sentir mal.

Trop, c’était trop. Quelque chose clochait.

J’en avais marre, j’en pouvais plus, et j’ai pas compris tout de suite pourquoi je me sentais soudain si mal. Mais en fait, ça avait commencé dès le cours d’aquabiking.

Une expérience du sport qui ne me ressemble pas

Je n’ai pas aimé ce cours d’aquabiking (mais peut-être que je réessayerai et que ça ira mieux).

Pourquoi ?

– Parce que je ne me suis pas amusée. Nous n’étions pas si synchrones avec la musique, elle n’était pas assez fort à mon goût.

– Le coach nous disait simplement les mouvements à faire, il ne nous incitait pas à nous dépasser ou à nous amuser.

Personne ne se jetait des regards complices et joyeux, comme c’est le cas dans mes deux cours préférés, le bodyjam (danse) et le bodycombat (dont je vous parlerai dans de prochains articles).

J’ai vécu ce cours comme quelque chose d’utilitaire que les gens s’infligeaient pour brûler des calories. Bien sûr, cela doit différer pour les personnes qui étaient là, et c’est un excellent moyen de faire du sport sans se ruiner les articulations.

Mais pour moi, c’était si décevant. Aucune communication avec le coach, aucun amusement, pas envie de me dépasser…

Ce n’est pas ce que je recherche dans un cours collectif. Ça l’était peut-être au début, quand je n’y connaissais rien en sport et que c’était pour moi un simple moyen de modifier ce corps qui je croyais était la source de mes maux.

Mes débuts dans la salle de sport

Quand je suis arrivée à la salle de sport, un an et demi avant, je ne faisais que des machines de cardio, n’osant pas aller dans l’espace musculation ou dans les cours collectifs.

Au début, c’était marrant et nouveau, bien loin de ma zone de confort de l’époque, puis bien vite, c’est devenu une torture d’avoir à me traîner à la salle pour aller courir sur le tapis.

Mais ça, c’était avant d’oser rentrer dans un cours collectif de danse et de changer ma vie.

Je vous ferai un article pour vous expliquer pourquoi certains cours collectifs de sport sont indispensables à mon équilibre, et comment j’ai fait pour prendre de l’assurance sur le plateau de musculation.

Déprime dans les vestiaires

Mais en tout cas, ce samedi, dans les vestiaires, j’ai commencé à déprimer.

J’avais passé un moment vraiment moyen dans cette piscine, mais j’étais fière de moi, fière d’avoir osé le faire et d’être fixée : ce n’était pas un cours pour moi, mais certainement un cours qui convenait à d’autres.
J’étais heureuse d’être venue un samedi à midi alors que j’étais courbaturée, pétrie de douleurs dorsales chroniques et avec une anxiété qui commençait à poindre.

Et entendre cette adhérente, qui est par ailleurs vraiment adorable, dire à quelqu’un « tu as perdu ton cul », et faire un lien complètement absurde entre végétarisme et minceur, ça m’a rappelé tellement de discours foireux que j’entendais quand j’étais ado.

Avec le temps, le féminisme, Instagram et la lecture, j’avais réussi à comprendre comment fonctionnait la culture de la minceur, comment elle nous mettait dans la tête qu’un corps valable était un corps mince.
Je l’avais compris, et en 2018, j’avais relâché la pression sur mon corps, arrêté de compter les calories et les macros, de me peser tous les jours, accepté de reprendre du poids si ça me permettait d’être plus libre mentalement, et de focaliser mon énergie non pas sur l’unique but de me faire plus petite, plus mince, plus douce, mais dans l’objectif d’être épanouie, fière de moi, de me sentir forte dans ma pratique sportive et de monter une entreprise qui me permette d’affirmer mon identité et mes valeurs.

Et c’était un MERVEILLEUX choix, un des meilleurs que j’aie jamais fait ces derniers mois, et j’arrivais à me trouver belle et importante malgré le fait que j’avais vu mon ventre s’arrondir dans le miroir ces derniers mois.

Et soudain, je me retrouvais de nouveau projetée dans le monde réel.
Et ça m’a énervée et drainée.

J’ai essayé de dire à cette adhérente : « On ne peut pas savoir la relation qu’ont les gens à la nourriture et au sport, quelqu’un.e peut être mince, mais qui sait s’il est à l’aise avec cette minceur ? Qui sait s’il est à l’aise avec l’énergie et la contention mentale que ça lui demande ? »

Quand j’ai perdu beaucoup de poids l’été dernier car je mangeais 1400 calories par jour (c’est beaucoup trop peu, surtout avec la pratique sportive intensive que j’avais) et que je comptais mes macros au gramme près, j’aurais aimé qu’on s’arrête une minute et qu’on me demande « Laura, tout est OK ? » au lieu de me dire « Laura, tu es ravissante ! », comme si je ne l’étais pas déjà avant. Quel était donc ce physique si insupportable que j’avais avant pour que les gens soient plus intéressés par le fait que j’avais changé que par le prix que je devais payer pour cela ? Il y a des pertes de poids bien effectuées, j’imagine, mais pas toujours, et il ne faut pas le présupposer.

Certaines personnes sont minces sans effort, car c’est leur métabolisme, c’est comme ça qu’ils sont. Mais pour beaucoup, à cause de l’industrie de la minceur – et je ne vais pas m’étendre là-dessus, car il y a des milliers de livres, sites, articles là dessus – à cause de cette industrie, beaucoup de gens mettent une énergie folle à essayer de devenir mince et à le rester.

Pourquoi féliciter quelqu’un pour sa minceur à la base ? Est-ce une preuve de volonté, est-ce une qualité, est-ce la preuve visible qu’on fait du sport correctement, qu’on a une alimentation saine ? Non.

Et je sais pourquoi elle pense ça, je sais que ce n’est pas entièrement sa faute.

Rapport au corps et au sport

Mais je me suis sentie remise en question. J’étais chez mes parents après la séance de sport, j’étais un peu abattue et pleine de soupirs, et j’ai du faire une sieste d’urgence, pour adoucir ce changement d’humeurs, comme je vous en parle dans mon précédent article. J’ai eu l’impression que parce que je ne suis pas « skinny », je ne pratiquais pas le sport correctement.

A priori, ça ne se voit pas au premier coup d’œil que je suis passionnée par la musculation et que le sport est mon exutoire.

Bien entendu, je n’ai pas un rapport 100% sain avec la nourriture, mais qui peut se targuer de réussir à avaler exactement et uniquement ce dont son corps a besoin, chaque jour, sans avoir même besoin d’y penser ? Pas moi. Pas dans ce monde d’abondance qui glorifie la minceur, incite à renier et avoir honte de ses signaux de faim et du plaisir de la nourriture depuis qu’on est petite fille. Alors non, comme énormément de gens, j’ai un rapport compliqué à la nourriture, dans certains moments plus que d’autres. Et ce n’est pas une honte.

On ne peut pas, juste en regardant quelqu’un.e, savoir ce qu’iel mange, comment fonctionne son métabolisme, comment est sa santé, est-ce qu’iel fait beaucoup de sport. On ne peut pas, c’est comme ça, c’est prouvé, il faut déconstruire vos croyances si vous avalez encore ça. Si c’est le cas, c’est parce que d’une certaine manière, ça vous rassure de penser ça.

On ne peut pas, en me regardant simplement comme ça, en me croisant à un arrêt de bus, savoir que j’ai une maladie chronique et que je suis passionnée de musculation. C’est pareil pour chaque corps humain.

Le fait que je mange parfois un burrito le jeudi puis un burrito le vendredi ne veut pas dire que je me laisse aller. Je suis toujours bonne à faire des squats dans la salle de musculation.

Tu ne sais jamais le rapport qu’a quelqu’un.e à son corps, tu ne sais pas quel est son rapport plus ou moins compliqué à la nourriture. Et ce n’est pas parce que vous avez moins de difficultés dans cette relation à la bouffe que vous avez plus de valeur. Vous ne savez pas comment une remarque peut encourager à se priver encore plus.

Une personne me disait récemment qu’elle avait perdu beaucoup de poids à cause d’une dépression, et que les gens la félicitaient. Genre, bravo, bien joué, tu ne manges plus beaucoup car tu te ballades tous les jours sur les berges du désespoir, mais ça te va bien, je vais te féliciter pour ça.

J’ai moi même encore parfois le réflexe intégré de jalouser quelqu’un qui a perdu du poids ou de me dire « waouh, iel est mince, iel y arrive et pas moi ». Mais autant que possible, si quelqu’un.e de mon entourage a perdu du poids, s’iel souhaite m’en parler, je demande d’abord si la personne est OK avec sa perte de poids, si c’est OK d’en parler.

Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, sur la grossophobie intégrée, mais je vous laisse faire vos propres recherches si vous souhaitez avoir de meilleures explications. Je vous livre ici mon ressenti.

Je sais qu’on est dans une salle de sport, que ce n’est pas un lieu sportif comme les autres, mais encore plus marqué par la culture de la minceur.
Je sais que les cours que je pratique font partie de la gamme « Les Mills », le rouleau compresseur, le McDonald du fitness et des cours de sport.
Mais récemment, j’avais trouvé un tel plaisir à faire certains cours et à pratiquer la musculation, que j’avais oublié tout ce bullshit de salle de sport et de « remise en forme » à la con.

Une autre idée de la pratique sportive

Si vous souhaitez vous mettre au sport mais que vous avez peur de ça, de ce culte de la minceur, justement, je suis très motivée à vous faire des articles pour vous donner des pistes sur comment trouver du plaisir à la salle de sport et se sentir fort.e et en mouvement plutôt que de pratiquer le sport pour être mince à tout prix.

Je veux dire, l’amie végétarienne dont parlait l’adhérente, oui, elle est mince.
Est-ce que c’est le truc à louer dans sa pratique sportive ? Non. Ce que je dirais plutôt, c’est qu’elle est polyvalente et aussi à l’aise et heureuse à danser du hip-hop dans la salle de cours collectif qu’à soulever des poids sur le plateau de muscu, qu’elle est prête à aider les autres dans leur pratique de la musculation, sans juger leur niveau et qu’elle est positive et motivante.

Et moi, que pourrait-on dire de ma pratique du sport, à première vue ?
« Si elle faisait plus de cardio à haute intensité, et du gainage, elle pourrait perdre du ventre ».
Non. Ce que je dirais, c’est que la pratique de la danse sportive m’a transformée et libérée, que je n’ai pas peur de monter sur l’estrade quand la coach demande un.e volontaire pour l’accompagner dans une partie du cours de bodycombat, et que j’arrive le plus souvent à me motiver et à m’imposer dans le milieu hyper masculin du plateau de musculation, tout en reconnaissant que ça m’angoisse une grande partie du temps.

C’est ça ma vision du sport.

Touchée dans mes peurs profondes

Et ça m’a tellement touchée, le fait d’avoir encore une fois l’impression que la société ne valorise pas du tout les comportements comme les miens.

On devrait pousser les gens à sortir de leur zone de confort et à s’amuser, pas à essayer de perdre des calories par tous les moyens possibles. C’est une croyance qui a bousillé une partie de mon énergie pendant toute ma jeunesse.

Je vous l’avoue, je me suis sentie médiocre, à la fois « pas assez », et « trop ».

Je me suis dit que j’aurais beau faire des efforts pour essayer d’avoir un comportement qui va dans le sens de mon éthique, d’essayer de me challenger tous les jours et d’obtenir des victoires du quotidien, cette société n’en aurait rien à foutre et continuerait à valoriser quelqu’un qui perd 5kg quitte à s’affamer plutôt que quelqu’un qui réussit à tester un nouveau cours qui l’angoisse.

Le discours de l’adhérente n’était qu’un condensé des croyances que nous imposent les médias et la société de la minceur.

Et entendre tout ça m’a reconnectée avec mes peurs.

Soudain, je me suis dit :

– Peut-être que je devrais faire plus d’efforts et essayer de mincir un peu ?

– Peut-être que je mange trop et que je devrais me mettre à compter les calories à nouveau ?

– Peut-être que je suis vue comme paresseuse et ridicule dans cette salle de sport ?

J’ai eu peur de retomber dans mes comportements de contrôle, peur de caresser de nouveau l’idée de manger 1400 calories par jour pour avoir un ventre plus plat et avoir plus de regards masculins sur moi. Pour avoir la sensation de maîtriser.

Moi qui, en ce moment, me dépasse pour essayer de définir ma valeur en dehors de mon poids, qui essaye d’aimer mon corps nu avec ses formes, de ne plus faire une obsession sur la nourriture, moi qui ai encore des pulsions de violence parfois en me regardant dans le miroir, à me détester à cause de la dysmorphophobie. J’ai eu l’impression que ce moi ferait mieux de mincir, que ce moi menait un combat ridicule.

J’ai été énervée de ne pas être plus aidée dans ma démarche dans ce monde. Mais en même temps, j’étais dans une putain de salle de sport, et dans cet endroit si marqué par la culture de la minceur, c’était un challenge encore plus difficile que d’essayer de rester fidèle à mes idéaux et à continuer à travailler sur moi pour vaincre ma phobie de grossir au lieu de travailler sur moi pour devenir plus mince.

Mais merde à la fin

Et après je me suis dit FUCK, tant pis, je me laisserais pas vaincre comme ça.

Pas cette fois.

Ca fait 20 ans qu’on me dit que mon corps n’est pas satisfaisant sur tel ou tel aspect, qu’on m’empêche de me focaliser sur ma propre croissance, qu’on m’empêche de devenir puissante et à l’aise avec mon corps. Mais je sais au fond de mes tripes que c’est le but à atteindre.

Oui, je me sens extrêmement seule parfois, j’ai l’impression que tout le monde fait la fête derrière une vitre, waouh méga folie, on bouffe du saucisson, on fait des blagues transphobes et racistes « mais j’ai un ami congolais hein », on va à la salle pour avoir le beach body, et on est valorisé car on profite de la vie sans se prendre la tête.

J’ai pas l’impression de me prendre la tête.

Finalement, j’ai juste l’impression de placer mon échelle de valeur ailleurs. Car je sais que parfois, il faut un courage infini pour faire certaines choses qui peuvent en apparence paraître si simples à certain.e.s.

Exemples de choses que je valorise à la salle de sport :

Oser aller à la salle de sport quand on fait partie d’une catégorie de personnes oppressées : personnes grosses/trans/de couleur/voilées/handicapées/etc.
Oser s’habiller comme on le souhaite, en fonction de ses envies et de son état physique. Si on a trop chaud et qu’on a envie de mettre juste une brassière/un crop top/de faire un nœud à son t-shirt pour avoir le ventre à l’air/de mettre un short/etc.
Oser aller sur le plateau de musculation quand on est une femme et/ou qu’on fait partie des catégories de personnes mentionnées plus haut.
Oser aller dans un cours collectif/commencer une activité qu’on a jamais faite et qui nous terrifie.
Oser reprendre une activité après une blessure.
Oser aller remercier un coach parce que son cours était bien.
Oser aller demander de l’aide à quelqu’un quand on arrive pas à utiliser un équipement.
Oser aller aider quelqu’un.e qui semble galérer avec un équipement.
Oser sourire à un.e inconnu.e.

Exemples de choses que je ne valorise pas à la salle de sport :

Avoir réussi à perdre X kg en faisant telle ou telle activité.
Avoir réussi à tenir un cours qu’on n’aimait pas, parce que ça nous a fait brûler des calories.
Avoir brûlé tant de calories.
Avoir fait mieux que la personne à côté.
Avoir fait exprès de bien montrer à quelqu’un.e qu’on soulève plus lourd qu’elle/lui.
Avoir dit à quelqu’un qu’iel devrait poursuivre ses efforts pour avoir un beach body.
– Avoir fait des remarques à quelqu’un.e sur son « manque d’investissement » au sport.
– Avoir loué la minceur de quelqu’un.e.
Avoir fait des commentaires négatifs sur le corps de quelqu’un.e pour louer le corps de quelqu’un.e d’autre.

Et par extension, voilà la liste des choses healthy que je valorise en dehors de la salle de sport :

– Avoir réussi à couper une relation toxique.
– Avoir réussi à se challenger et à sortir de sa zone de confort, même si ce n’est « que » un petit pas.
– Avoir réussi à se retenir de se faire du mal.
– Parler de son anxiété et de sa santé mentale.
– Parler de son rapport au corps.
– Se montrer dans toute sa sincérité et sa vulnérabilité.
– Faire un acte de bienveillance gratuite.
– Écouter quelqu’un.e.
– Acheter ses médicaments et les prendre.
– Écouter ses besoins et les faire passer en premier.

Et les choses que je ne valorise pas (ça ne veut pas dire que je suis contre, ou que je juge ces choses, ça veut juste dire que je ne féliciterai pas les gens pour ça) :

– Avoir bu un smoothie kale-avocat-protéines.
– Avoir des abdos apparents.
– Réussir à « contrôler » son alimentation et à ignorer ses signaux de faim.
– Réussir à « tenir » dans une relation non enrichissante.
– Être mince.
– Réussir à « profiter de la vie sans se prendre la tête » (c’est une manière déguisée de shamer les gen.te.s qui n’ont pas toujours le choix de se réjouir des choses à cause de leur santé mentale et physique).

En écrivant sur ce blog mes victoires du quotidien, mes victoires invisibles, elles ne tombent pas dans l’oubli ; j’ai terriblement peur que ce soit vain, parfois, j’ai terriblement peur que le monde en ait rien à foutre à part moi.

Conclusion

Voilà pourquoi cette expérience à la salle de sport m’a tant ébranlée, alors que concrètement, il ne s’est rien passé de spécial.

Après ça, j’étais vraiment branchée sur un canal d’ondes négatives envers moi-même, je ne me sentais plus alignée avec mes croyances éthiques, j’avais l’impression qu’on m’avait enlevé une partie de ma force.

C’est pour ça que j’ai enchaîné les déconvenues et les « malchances » :

– J’ai cassé ma gourde et me suis cogné le crâne, comme je vous l’ai dit plus haut.
– J’ai renversé de la sauce salsa de burrito sur mes baskets blanches.
– J’ai posé mon café à un endroit qui fait qu’il a été pulvérisé par l’ordinateur de ma mère.
– J’ai marché dans la merde de chat.

Et puis j’ai respiré un bon coup, et j’ai accepté qu’en fait, j’allais m’en remettre bien vite. J’avais juste peur de retomber dans la spirale du jugement et de l’auto dépréciation, mais en fait, j’ai grandi, et évolué, et très vite, mes forces sont revenues. Et ça aussi, c’est terrifiant. Mais très chouette.

Alors oui, je ne suis pas toujours aidée dans mon environnement, à essayer de comprendre que je suis assez, juste comme je suis. Et pourtant, je suis extrêmement privilégiée, je suis blanche, mon handicap est invisible, et je suis une femme cis.

Il faut célébrer les victoires de chacun.e. Je pense qu’on peut faire une différence, un peu, chaque jour.

Sur Instagram, je vois des gen.te.s comme moi ou différent.e.s de moi, faire des choses, se dépasser au quotidien, et ça me donne un courage infini, et je sens que je suis dans la bonne direction, alors tant pis si plein de gen.te.s en ont rien à foutre de mes petites victoires de féministe anxieuse, moi je sens au fond de mes tripes que c’est là où je dois être, et je cesserai jamais d’être émerveillée devant vos victoires du quotidien parce que vous vous rendez pas compte d’à quel point vous êtes courageu.x.ses.