Je suis une girouette de l’émotion, je l’ai toujours été, et j’aimerais vous parler de la manière que j’ai de gérer la chose.

J’ai toujours été sujette aux variations d’humeur. C’est pas un truc que je peux réellement contrôler. C’est comme si tout était plutôt cool dans mon corps, et que soudain, quelqu’un allumait la clim psychologique, alors que je suis en débardeur mental en train d’essayer de profiter des choses de ma journée.

Je ne peux pas chiller sur demande. Je ne peux pas « me calmer ». C’est comme ça que je suis, et c’est totalement valide.

Parfois, le changement négatif est provoqué par quelque chose de très fort, comme une mauvaise nouvelle, quelqu’un qui va mal dans mon entourage, une douleur soudaine, un problème avec une commande de matières premières pour mon entreprise d’artisanat, quelqu’un.e qui me manque de respect ou qui m’attaque, un gros stress, le souvenir d’un événement traumatique.

Mais le plus souvent, c’est dès que le vent tourne, c’est quand un homme m’insulte ou m’objectifie sur Tinder (notons que ce genre d’événement n’est pas inhabituel, ça relève de la micro-agression quotidienne, voilà pourquoi je n’ai pas mis ça dans la première catégorie), quand je me souviens d’une bourde que j’ai faite (oh wow un jour j’ai répondu « bon appétit à vous aussi » à un serveur dans un resto), quand j’ai un micro kyste qui me pousse entre les sourcils ou quand le livreur de makis a oublié le wasabi.

Et d’autres fois, il n’y a aucune raison. Je suis peinarde sur mon canapé en train de chiller avec mes chattes Prunille et Mina, et soudain ! il ne se passe absolument rien. Et par voie de conséquence, je commence à ressentir une pesanteur dans ma poitrine.

J’ai toujours été une girouette émotionnelle, et c’est épuisant. Mais je pense que nous sommes beaucoup à expérimenter cela. Il y a autant de manière de le vivre qu’il n’y a d’individus, et il y a autant de manières de gérer ça. Mon expérience n’a pas pour objectif de donner la marche à suivre en cas de changement brutal d’humeur. Je veux simplement participer à rompre doucement la stigmatisation autour des maladies mentales. Pour cela, partager son expérience pour créer du lien est une chose formidable.

Je vais vous parler de mon expérience, en tant que personne anxieuse. Ce n’est pas vraiment une crise de panique violente, c’est plus diffus.

Cela m’arrive souvent, donc, et notamment lorsque je passe la journée à travailler seule chez moi, et ça m’arrivait pas mal avant de m’inscrire dans un open space, dans un espace de coworking.

Portrait en coupe d’une belle variation d’humeur

Prenons une journée girouette type. Au réveil, ça va à peu près. Parfois même, j’ai une volonté et une motivation qui me font sautiller jusqu’à la cafetière. Et soudain, tout devient insupportable, étouffant, agressif.

J’ai connu ce genre de journée des centaines de fois. Je sais que ça finit par passer, je le sais pertinemment. Je deviens chaque fois plus efficace et plus réactive, je sais reconnaître les signes d’un découragement sans fondement et essayer de ne pas me laisser couler.

Parce que c’est l’effet que ça fait.

  • Comme un engourdissement de la volonté et du corps. L’impression d’être sur un matelas gonflable géant, mais à moitié gonflé, dans lequel tu t’enfonces, duquel tu es incapable de te relever. Ça prendrait une énergie folle de se redresser.
    T’es dans une espèce de piscine à boules en plastique et les boules c’est toutes tes angoisses et c’est comme les aires de jeu au McDo ça pue les pieds et y’a des enfants qui crient partout mais ça ne fait aucun bruit et pourtant t’as les oreilles pleines.
  • Tu respires par petites goulées. Tu ne t’en rends compte que lorsque tu te forces à prendre une grande rasade d’air. Tu remarques même pas à quel point tu t’assoiffes doucement tout au long de la journée.
  • Tu serres les dents, t’as presque la mâchoire qui grince.
  • Tu nies la possibilité même que tu puisses retrouver tes esprits bientôt. C’est un effort intense et contrôlé que de te dire « Ce n’est pas vrai, tout n’est pas noir, je sais que ça va passer ».
  • Parfois, tu ressens une pression tellement intense, tu n’arrives pas à la faire retomber en trouvant l’élément déclencheur, s’il y en a un. Quelque chose te ronge mais tu ne parviens pas à identifier la source. Ca remue, ça remue, tu as besoin de te faire du mal, il faut que tu te cognes la tête, c’est comme une envie de respirer, soudain tu manques d’air et le seul moyen qui te paraît envisageable est de te faire mal, tu n’arrives même plus vraiment à raisonner, c’est comme des flashs. Ca évolue très vite. Un instant ça va, l’instant d’après, tu sens que tu dois te faire mal. C’est un travail de canalisation de chaque instant. C’est difficile à expliquer. Encore en cet instant, alors que je ne ressens aucune pulsion de violence envers moi, j’ai du mal à croire que parfois je ressens ça. Et pourtant c’est vrai. Ce n’est pas une question de volonté. J’insiste sur ce point parce que les pulsions de violence envers soi ne sont pas imprimées sur le visage de quelqu’un.e, ça ne se voit pas. Et il n’y a pas à avoir honte, ce n’est pas de notre faute. C’est très difficile à expliquer, et c’est un combat de réussir à les canaliser, et pourtant je n’en ai plus beaucoup depuis mon enfance. Alors je tire mon chapeau à tou.te.s celleux qui se battent au quotidien avec cela. Vous êtes des héro.ine.s de tous les jours.
  • Tu te sens seule. Soudain, tu es devenu un fardeau pour l’humanité entière. C’est très difficile d’aller demander à quelqu’un de contredire tous les doutes qui te roulent dans la tête. T’as même pas la force en fait. Tu pourrais sortir et te mêler à la foule mais soudain tu te demandes même comment t’as pu un jour nouer un contact avec un autre humain. C’est physiquement impossible et ça semble vain. Tu te sens si loin du monde.

Mais à force, oui, je reconnais les schémas, je me pardonne de ressentir ça, et j’essaye de faire des trucs pour retrouver un état plus agréable. Bien entendu, ce dont je vous parle est mon expérience, et je parle de mon anxiété, de mon vécu spécifique concernant une pathologie mentale spécifique. Chaque personne est différente. Certaines personnes vivent l’anxiété au point d’avoir besoin d’une aide extérieure pour se protéger de certains comportements, et ça aussi, ce n’est pas honteux. C’est juste une expérience différente.

Si vous vous reconnaissez en elle, c’est chouette, si vous avez une expérience qui diverge, elle est tout aussi valable, à moins que vous ne sortiez une bêtise du genre « c’est une question de volonté ». Dans ce cas-là je t’invite à aller te faire ronger les fesses par une buse.

Mon super plan d’action habituel

En général, quand mon état vire au négatif d’un coup, c’est que, même s’il n’y a pas l’air d’avoir d’élément déclencheur, il existe une chose que je n’arrive pas forcément à exprimer et qui m’angoisse et me draine. 

J’essaye d’identifier ça.

Si c’est un problème, un sujet ou une interaction/relation que je n’ai pas l’énergie d’affronter pour l’instant, alors je me force à regarder la chose en face une fois avant de la mettre de côté (je ne peux pas juste mettre ça dans un coin de mon esprit sinon). Si c’est une question relative à mon entreprise, par exemple un mail qui m’angoisse ou quelque chose en rapport avec les matières premières, je relis les échanges de mail en question, ou j’ouvre ma boîte de matières premières, je les touche. Je me dis « Ok, voilà comment les choses sont, en l’état ». En général, c’est 10 FOIS MOINS PIRE que les scénarios qui ont escaladé dans ma tête. Si c’est un problème avec une personne, je relis nos derniers échanges, j’essaye de me souvenir des éléments concrets, de mon instinct profond, pas de mes affabulations mentales.

« Les choses sont comme ça maintenant, et j’aurais bientôt la force de prendre des décisions à ce sujet. En l’instant, la chose la plus productive que je puisse faire pour moi-même est de tenter de me calmer, d’être indulgente avec moi et de faire quelque chose d’agréable si j’y arrive ».

Jusqu’à maintenant, j’ai eu la chance d’être chez moi ou de pouvoir m’isoler quand j’ai eu besoin de me recentrer, mais je sais que c’est différent lorsqu’on est salarié ou qu’on a pas d’espace à soi.

Voilà les choses qui m’aident :

  • Si c’est le moment et que j’ai oublié de le prendre, je prends mon petit morceau d’anxiolytique. Il n’y a aucune honte à prendre des médicaments (alors n’oubliez pas de prendre les vôtres !) et cela me fait beaucoup de bien. Si tu penses que les médicaments, ce n’est pas bien, et que les gens ayant de l’anxiété ou autre devraient juste faire du yoga et manger paléo, pourquoi tu n’irais pas chier bien loin de moi et qu’on te revoit plus bye ?
  • Ensuite, si j’en ai envie, je mange un truc qui me fait vraiment plaisir. J’écoute mon corps, et s’il veut des pâtes au pesto au petit dej ou une salade de nectarine jaunes au citron et à la menthe ciselée au dîner, alors allons-y (bon dans la limite des stocks disponibles dans mon frigo eh). Je mange généralement en regardant une série juste une dizaine de minutes, et en ce moment, je regarde Steven Universe et la bienveillance de Steven me met du baume au cœur, je vous jure. La bouffe me fait du bien, la bouffe n’est pas un ennemi, et parfois je me mets une telle pression sur ce sujet que relâcher tout ça fait un bien fou. Je préfère largement bouffer un porridge copieux à 23h que de faire une crise de nerf.
  • J’essaye de m’arrêter et de respirer. Si je suis vraiment fortiche et que j’arrive à me forcer à le faire, je fais une séance de méditation guidée. Je n’y arrive pas toujours parce que l’idée de me retrouver seule face à moi-même sans pouvoir me complaire dans le fait de ressasser mes inquiétudes (c’est finalement avoir l’impression de contrôler la chose) m’angoisse un peu. Sans rire, parfois c’est un effort surhumain d’ouvrir l’application (j’utilise Calm – payante mais cool) mais une fois que c’est fait, ça va beaucoup mieux. Sérieusement, c’est beaucoup plus dur pour moi de faire l’action de commencer une séance de méditation que d’aller faire 6 séries de squats avec une barre lestée sur les épaules.
  • Je crée une ambiance qui m’apaise. Moi, mon kiff, c’est la chouette lampe en cristal de sel que ma petite sœur m’a offerte. J’ai toujours rêvé en secret de ce machin depuis le premier jour où je suis rentrée chez Nature et Découvertes. J’aurais quand même attendu environ 10 ans avant d’oser dire « Ce truc me fait vachement envie ». Ça me semblait être un truc de hippie qui ne correspondait pas à mon style d’objet. Bullshit. Ça fait une ambiance de petite grotte éclairée par un feu de bois et franchement c’est merveilleux. En plus de ça, je mets des bruits d’orage ou de forêt qui s’éveille dans le matin (j’utilise les applis Calm et Wildfulness qui sont payantes mais il doit y avoir de chouettes trucs sur Youtube) ou des bruits de gens qui tapent sur des claviers et des ordis et en gros ça fait de la musique (bon on appelle ça de l’électro). Je sniffe des odeurs qui me font plaisir genre ça peut être un savon ou les poils de dos de Prunille ou de l’huile essentielle de basilic (je sais pas, je trouve vraiment qu’elle sent super bon).
  • D’ailleurs oui. Quand je suis anxieuse, j’ai tendance à être un peu hors du monde, focalisée sur le pseudo contrôle de mes angoisses par les pensées permanentes, et je vois mes chattes passer et repasser devant moi sans vraiment prendre le temps de faire juste ça : être avec elles. Pas caresser Mina en lisant un bouquin, pas chatouiller Prunille avec mon pied pendant que je regarde un épisode de Steven Universe. Juste caresser mes chattes pour être avec ces créatures qui ont juste 100% envie de me donner de l’attention dès que j’en ai envie. Franchement si on se contentait de la validation sociale par les chats au lieu d’attendre qu’un mec en carton nous fasse un clin d’œil sur Tinder, on serait beaucoup plus à l’aise avec nous-même et on oserait des tenues vachement audacieuses. Je suis sûre que Mina m’encouragerait à sortir avec un pantacourt de sport Domyos et des bottines à talons cloutées. Elle me dirait pas « Je suis vachement ouvert d’esprit. Tu peux t’épiler comme tu veux. Mais j’aime pas avoir des poils plein la bouche : ) » (vécu).
  • Je fais une sieste s’il le faut. Je suis atteinte de fatigue chronique et je sais que l’aspect émotionnel joue beaucoup. Que ce soit une sieste de 3h (et quand je dis 3h, là c’est pas pour la blague) ou juste m’allonger 20 minutes en scrollant Instagram, ça me fait vraiment du bien. Si mon corps le réclame, je vais pas gagner une médaille à essayer de lutter toute la journée pour juste garder la tête droite et avoir le cerveau en purée. Je ne cède pas à chaque envie de dormir (sinon je serais constamment allongée), mais je sais aujourd’hui à peu près faire la différence entre une soudaine envie de me coucher parce qu’une action m’angoisse (tiens oui faudrait valider ce devis mais soudain faut que je dorme là), et une vraie fatigue émotionnelle. Bon il m’aura presque fallu 10 ans c’est pas trop tôt.
  • Parfois j’appelle ma mère et je pleurniche un peu. Je suis reconnaissance et privilégiée d’avoir une mère à l’écoute qui prend le temps de me rassurer au téléphone. On ne s’entend pas sur tous les points, mais je sais que j’ai de la chance et ça m’aide.
  • De plus en plus souvent, je parle de mes états d’âme sur Instagram. Et j’ai des retours d’expérience. Ca m’aide à comprendre que je ne suis pas la seule à ressentir ce que je ressens.
  • Je vais au sport si j’ai l’énergie et pas trop de douleurs. Le cours collectif appelé « Bodycombat » m’aide énormément, ça m’a vraiment changé la vie, je vous ferai un article là-dessus. C’est une catharsis, j’ai déjà presque chialé de rage en foutant des coups de poing dans le vide sur une musique entrainante.
  • Si j’y arrive, je prends une grande inspiration et j’essaye de faire face à la chose qui me fait peur. Souvent, j’arrive à régler le problème, à établir un plan d’action pour le faire, ou a être productive sur le sujet et ça me soulage énormément. Mais il faut réussir à s’y atteler en pleine période d’angoisse et ce n’est pas toujours possible.
  • Et d’autres fois, enfin, j’accepte que rien de ceci ne fonctionne, et que la journée va simplement être rude. J’accepte d’aller mal et de ne pas être productive. J’attends les prochains rayons de soleil, parce que ça finira par passer, et je sais que ça reviendra aussi, les mauvais moment. Je suis juste de plus en plus douée au jeu de ne pas me flageller, d’écouter mon corps et d’écourter un peu les périodes plus sombres.

Conclusion

Ca fait juste partie de moi, et il n’y a rien qui cloche dans la manière qu’a mon mental à fonctionner. Le seul truc qui cloche, c’est les gens qui vous stigmatiseront parce que vous allez mal, que vous choisissiez de le montrer ou non, et parce que vous choisissez de prendre soin de vous avant eux. C’est eux qui clochent.

Je veux participer au mouvement initié par toutes ces personnes badass qui veulent rompre la honte autour des maladies mentales, que je suis notamment sur Instagram et qui m’ont beaucoup aidée. Il y a quelques années, j’avais honte de parler de mon anxiété.

Rien que le terme « maladie mentale » fait peur aux gens. L’anxiété chronique est une pathologie mentale, c’est juste une réalité, il n’y a pas à avoir peur d’appeler les choses par leur nom. Une pathologie physique est une chose qui altère notre santé physique, comme une plaie ou un diabète. Une pathologie mentale, c’est la même chose mais pour le cerveau, point barre. Aucune honte à avoir.

Mais c’est un fait, je suis atteinte d’anxiété chronique, je me suis déjà fait du mal, j’ai fait plusieurs dépressions et j’ai aussi souffert d’anxiété sociale sévère et je ne vais pas tout refouler pour que les gens soient parfaitement à l’aise avec leurs préjugés. 

« Ouloulou tu me mets mal à l’aise à parler de ton anxiété. »

Eh bien toi, tu me mets mal à l’aise à vouloir stigmatiser un truc qui est partagé par une grande partie de l’humanité. Et tu me mets mal à l’aise à parler de la coupe du monde de mecs qui courent sur de l’herbe ou de ton accouchement et pourtant je dis rien alors on va tous se détendre là oh.

Je suis anxieuse. Mais aussi, je suis une personne bienveillante, avenante, je souris la plupart du temps sauf quand je dors ou que mon chat vient de pisser sur mon lit, et j’adore danser. Ce n’est pas marqué sur mon front. Nous sommes 1 personne sur 5 à souffrir dans notre santé mentale, à des niveaux très variés.

Vous ne diriez pas à une personne qui a une tendinite de faire un effort et d’arrêter d’avoir une tendinite. Alors arrêtons de nous dire de faire un effort et d’arrêter d’avoir un fonctionnement mental différent. Sérieusement, on est tellement chouettes comme on est.

Et vous, êtes-vous sujet.te aux changements d’humeur et à l’anxiété ? Quelles sont vos méthodes pour vous apaiser ?