Dans 10 jours, je quitte mon appartement actuel pour un autre, beaucoup plus grand, pas si loin de là où j’habite actuellement. Cet appartement que je quitte aura été l’appartement le plus important de ma vie, jusqu’ici.

J’ai littéralement repris goût à la vie dans cet appartement. Et même si j’y ai eu des déconvenues et de gros problèmes de salubrité à un certain moment, je me sens étrangement nostalgique à l’idée de le quitter. Je crois que j’ai du mal à m’imaginer vivre ailleurs, même si mon nouvel appartement est l’appartement de mes rêves.

3 ans et demi

A mon entrée dans l’appartement, j’étais pas au top

Il y a trois ans et demi, je débarquais de Nantes après y avoir habité un an avec un ex. J’étais alors en pleine dépression, affreusement mal dans ma peau, incapable de me regarder sur une photo sans avoir une mini crise cardiaque, et je n’avais aucune idée de quoi faire de ma vie.

Ma fatigue chronique, liée à ma maladie orpheline, ne me laissait pas de répit, et je ne pensais pouvoir prétendre dans ma vie future qu’à des bonheurs/soulagements éphémères grâce à la bouffe, la prise de drogue occasionnelle, le sexe et les jeux vidéo. Pour ce qui était d’avoir une satisfaction globale de ma vie et une certaine sérénité, j’étais inconsciemment convaincue que ça n’aurait pas lieu dans cette vie.

A Nantes, j’en étais à mon troisième essai de première année de master recherche en littérature, et même si mon directeur de mémoire était enthousiaste concernant mes avancées, j’étais incapable de finaliser mon plan de mémoire et de progresser véritablement. J’avais lu tout ce qu’il était possible de lire sur mon sujet, j’avais rassemblé 10 pages de bibliographie, 10 pages d’entretien avec l’auteur que j’étudiais, plus de 40 pages de notes sur mes lectures, et pourtant, impossible de mettre tout ça ensemble pour finaliser mon mémoire. J’étais tétanisée, et surtout, au fond, je ne voyais pas l’intérêt.

Je retournais donc à Rennes, dans cet appartement que je m’apprête à quitter à l’heure où je vous écris, après avoir rompu avec mon ex de Nantes puis un autre, extrêmement toxique, qui m’avait laissée avec un rapport à moi-même encore plus compliqué.

J’étais affaiblie mentalement et physiquement, mais dieu merci, toujours aussi résiliente, et encore une fois confiante et pleine d’espoir dans les changements que pouvaient m’apporter ce renouveau rennais.

Après plus d’un an à habiter avec mon ex, je me retrouvais de nouveau seule, et j’appréciais d’avoir ce salon/bureau/salle à manger décoré à mon goût.

Dans mon appartement, je n’ai pas de vis à vis mais une magnifique vue sur une serre à l’abandon, entourée par un jardin avec une vieille carcasse de voiture et des rosiers. C’est devant cette merveilleuse vue que je me réveille depuis 3 ans et demi, et je sais que ça va me manquer.

Beaucoup d’événements marquants me sont arrivés pendant ces trois dernières années dans cet appartement.

La tristesse

J’ai accepté de faire face à ma tristesse. Au lieu de tenter de l’étouffer, je l’ai regardée en face.

Parfois, je me réveillais la nuit pour pleurer de désespoir, à gros sanglots lents et silencieux, entrecoupés de hoquets. Je ne pouvais plus m’arrêter, je ne savais même pas que j’étais capable de produire une telle quantité de larmes.

Je me réveillais avec la sensation diffuse que tout était une catastrophe, je le ressentais jusque dans mes os, ça me faisait suffoquer, je me mordais les lèvres, je me serrais moi-même dans les bras, je me faisais pitié, l’avenir était insondable, horrible, la fatigue était opaque et elle m’inondait, il n’y avait aucun espoir, c’était triste, c’était définitif, j’étais piégée, maudite, c’était injuste, pourquoi moi, pourquoi pas quelqu’un d’autre qui partagerait ma douleur, m’en prendrait un morceau les jours pairs, pourquoi moi, oui, pourquoi moi, j’avais toujours tenté d’être une bonne personne.

Je pleurais et je claquais des dents en me recroquevillant, je pleurais à m’en vriller le cerveau et le lendemain je me réveillais avec des yeux gros comme des marrons et même si j’avais passé la nuit accompagnée, personne ne pouvait me sortir de la certitude glacée et molle que le présent serait toujours ainsi.

J’ai pleuré, pleuré.

J’ai été violente envers moi-même.

J’ai parfois été tellement au fond du trou que, à bout de force, je finissais par appeler ma mère en réclamant de l’aide, en lui demandant de m’aider à trouver l’impulsion d’appeler une psy.

J’ai toujours eu des pulsions de violence mais aussi et surtout des pulsions de vie comme celles-ci.

J’ai le privilège d’avoir toujours réussi à remonter vers la surface avant de sombrer dans des profondeurs encore plus noires.

Je me vidais les yeux la nuit et une partie du jour, et le soir je me prenais doucement par la main, je m’amenais dans un bain tiède, j’y plongeais une bombe de bain Lush, j’écoutais une belle musique et je me disais tout bas que je méritais d’aller bien. Je sautais d’un petit moment d’accalmie à un autre pour naviguer dans cette vie en montagnes russes.

Le sport et le roller derby

La reprise du sport

C’est dans cet appartement que j’ai vraiment eu envie de me remettre au sport, à l’abris des regards, d’abord.

Au début, j’avais simplement envie de perdre du poids. De devenir une version de moi-même que je jugerais acceptable. Je pensais que ma vie ne pourrait pas vraiment changer, que je ne pourrais avoir ni amoureux.se ni vie sociale épanouie ni projet durable si je restais en surpoids.

Je me suis acheté un vélo d’appartement et un tapis de yoga et je me suis mise à faire 30 minutes de vélo par jour, devant ma télévision, et 30 minutes de renforcement musculaire. C’était répétitif et pas vraiment fun, mais avec quelques exercices et conseils de ma kiné, j’ai quand même réussi à me renforcer un peu dans des zones importantes comme le dos, et donc à réduire un peu mes douleurs chroniques.

Mais je n’étais pas vraiment en amour avec le sport. Je voyais encore ça comme quelque chose que je me devais d’infliger à ce corps que je n’aimais pas, et je me trouvais très angoissée lorsque je n’avais pas la force de faire mon heure de sport quotidienne.

Le roller derby

Durant ces trois années, j’ai commencé à me lancer des défis plus ou moins gros pour sortir de ma zone de confort. Le roller derby en a été un.

Je trouvais les joueuses de roller derby badass, je rêvais d’être une meuf avec du style et qui use de sa force, de son adresse et de sa ruse pour pratiquer une activité.

Il y avait des sessions de recrutement de nouvelles joueuses, mais j’étais terrifiée à l’idée d’y aller seule. A l’époque j’étais copine avec une fille qui souhaitait elle aussi y aller. Elle a fini par annuler, comme toutes les choses un peu audacieuses que je lui proposais (et j’ai fini par la sortir de ma vie, d’ailleurs, la jugeant toxique à mon égard de bien des façons). J’ai donc eu le choix entre attendre la prochaine session, 6 mois plus tard, et espérer trouver quelqu’un avec qui y aller, ou mettre mon cerveau en mode pilote automatique et y aller.

J’y suis allée, et même si pour cette séance, et les 10 suivantes, j’étais abrutie par les médicaments anxiolytiques tellement c’était dur pour moi, je l’ai fait, et au bout d’un moment, j’ai réussi à me passer d’anxiolytiques pour y aller.

Mes petits patins

Je suis tombée en amour avec la sensation des patins sur le parquet du gymnase, et très vite, j’ai organisé ma vie autour du roller derby.

J’en étais à un tel niveau de non condition physique que je revenais des entraînements épuisée, courbaturées, au bout du rouleau.

Mais j’étais heureuse car je finissais par faire des progrès, même si j’allais plus lentement que les autres et que ça me demandait plus d’efforts, à cause de ma maladie.

Je me sentais plus forte et je voyais que mon corps malade était capable de se mettre en mouvement d’une manière que je n’aurais jamais cru possible. J’étais pleine d’excitation et de peur à chaque fois que je me rendais à un entraînement, je me souviens que j’écoutais tout le temps les deux mêmes chansons de Macklemore et de Major Lazer pendant les 45 minutes de trajet jusqu’au gymnase, et que c’était ma petite routine qui me mettait de l’adrénaline dans les veines.

Je me sentais toujours comme « la grosse qui fait du patin » mais au moins j’avais une pratique sportive qui me permettait de penser à autre chose qu’à ma maladie ou au fait de maigrir, même si j’ai toujours eu ça dans un coin de la tête.

L’arrêt du roller derby

Le roller derby m’a beaucoup appris sur mes capacités physiques et mentales, sur ma résilience et ma bienveillance, mais après un an et demi, j’ai décidé d’arrêter à cause de problèmes physiques et relationnels. Physiques car une fois que les impacts et coups ont été intégrés dans l’entraînement, à cause de mes douleurs et de la façon dont mon corps est bidouillé, je n’arrêtais pas de me blesser et de me déplacer des vertèbres. Relationnels car beaucoup de choses ont fini par me gêner dans cette communauté très chronophage et manquant souvent de bienveillance à mon égard ou à l’égard de celleux moins privilégié.e.s. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais j’ai eu raison de me détacher de toute cela car cela m’étouffait.

Je ne regretterai jamais d’avoir fait du roller derby, ça a été une expérience intense, terrifiante et enrichissante au niveau personnel.

Pendant un an après cela, j’ai continué d’aller aux matchs et à fréquenter certains groupes de personnes du club, puis j’ai quasiment coupé les points. J’ai clôturé un chapitre.

Un ex contre une salle de sport

Après le roller derby, donc, je suis restée un an sans faire de sport.

Vers la fin de cette période, j’étais en relation avec un garçon ultra toxique, mais je ne m’en rendais pas vraiment compte. Quand ça a été le pompon et qu’on a rompu, j’ai finalement échangé cet ex toxique contre un abonnement dans une salle de sport devant laquelle je passais parfois.

A l’époque, l’idée même de rentrer dans une salle de sport toute seule me paraissait inconcevable. Heureusement, j’y allais avec une connaissance.

Du sport obsessionnel au sport raisonné

Au début, encore une fois, je faisais surtout du cardio sur les vélos elliptiques et compagnie, car je n’osais pas m’aventurer vers les machines de muscu qui me faisaient peur et qui étaient peuplées de garçons. Et je pensais que le cardio allait me faire perdre du poids. J’étais encore dans cette optique toxique.

La personne avec qui j’y allais ne voulais également que faire du cardio.

Mais un jour, j’ai refait un de ces sauts hors de ma zone de confort avec mon cerveau en mode pilote automatique, sans avoir le temps de réfléchir, et je suis entrée seule dans un cours collectif de danse.

Ça a été mon expérience sportive la plus déroutante et exaltante de toute ma vie. J’étais complètement perdue, j’avais du mal à suivre la choré (et aujourd’hui, rétrospectivement, maintenant que j’ai appris une vingtaine de choré, je sais que celle-ci fait partie des plus dures) mais je dansais, dans une salle plongée dans une demi pénombre, et personne n’en avait rien à foutre que je sue abondamment ou que je me trompe dans les pas. Je faisais de la danse ! Toute seule ! Parce que je l’avais décidé !

Ça a été le début d’un gros périple en zone inconnue dans le monde du sport.

J’ai essayé beaucoup de cours collectifs, puis je suis passée à la musculation avec un coach payé. (Voir tel article)

Je suis tombée dans les excès du régime, je comptais toutes mes macros (lipides, protéines, glucides) au gramme près, je prenais des compléments alimentaires sportifs et je mangeais un nombre très réduit de calories tout en faisait entre 5 et 10h de sport par semaine.

J’ai perdu beaucoup de poids et ai été félicitée pour ça.

Mais a côté de ça, je crisais intérieurement quand je devais rater une séance de musculation ou quand je mangeais 200 calories de plus que ce que j’avais prévu. J’étais obsédée par ça et par les résultats sur mon corps.

Finalement, après m’être blessée, j’ai du baisser la cadence, et avec le stress, j’ai recommandé à manger intuitivement.

J’ai repris du poids, et repris le sport doucement en choisissant uniquement ce que j’aime, cours collectifs comme musculation.

Et aujourd’hui, enfin, je pense être arrivée à un équilibre et à une certaine sérénité par rapport au sport. Je ne pensais pas pouvoir être heureuse en reprenant du poids, et pourtant je me sens parfaitement moi-même et tout à fait capable physiquement.

J’ai arrêté de compter les calories, je fais du sport quand je veux et je m’amuse beaucoup.

Je suis donc partie d’un vélo d’appartement chez moi pour finalement arriver à une pratique régulière de cours collectifs et de la musculation. J’ai réintégré le sport dans ma vie, et maintenant que je dois quitter mon appartement, je sais que j’ai une pratique saine qui ne me pompe pas mon énergie mentale, et je sais que tout ces changements se sont fait ici, dans cet endroit que j’ai habité pendant 3 ans et demi.

Une vue qui change au gré des saisons

J’ai adoré voir le paysage changer, derrière ma fenêtre, au fil du temps et des saisons. C’est un privilège et j’en suis très reconnaissante.

Les premières neiges pour Prunille

Acceptation de moi-même

Pendant ces trois années, j’ai passé énormément de temps chez moi. J’ai travaillé, pleuré, ri, cuisiné, reçu du monde, des partenaires sexuels, des ami.e.s, de la famille.

En arrivant ici, j’étais persuadée d’être différente et pas normale car j’aimais rester à l’abris du monde et que beaucoup de gens m’indignaient. Je pensais que vu que le monde me révoltait, je n’arriverais jamais à vivre sereinement.

Aujourd’hui je sais que c’est simplement ma personnalité et qu’il n’y a aucune honte ou nécessité à me changer. J’aime rester dans mon cocon, j’aime sortir aussi, mais travailler à mon compte me convient. J’aime les gens mais pas tout le monde. J’aime sortir mais pas partout, pas tout le temps et pas avec n’importe qui.

Travailler ses limites physiques et morales

J’ai noué des relations ici, et j’en ai terminé d’autres. J’ai été blessée, caressée, embrassée, on m’a fait pleurer et sourire.

Et a force d’introspection et en me documentant sur des comptes Instagram féministes, j’ai appris a définir mes frontières amicales et sexuelles, et à les faire appliquer.

Si une relation me met mal à l’aise pour quelque raison que ce soit, je peux choisir de communiquer mon ressenti et d’essayer de changer cela, ou je peux choisir de ne plus revoir la personne.

Sexuellement, j’ai appris à m’indigner face à des comportements inadmissibles, là où le plus souvent je serrais simplement les dents. C’est toujours difficile. Pendant ces 3 années, il m’est arrivé beaucoup de soucis avec la notion de consentement avec des hommes cis. Je me suis sentie utilisée, pas respectée, on m’a fait du chantage. Je n’entrerai pas dans les détails car beaucoup d’articles et de livres ont été écrits par des personnes très compétentes, mais en tant que femme (et personne assignée femme), il est très difficile parfois de juste oser dire « non, je n’aime pas ça ». Et même quand on le dit, on est pas toujours écouté.e.

Mais j’ai travaillé dessus, seule, en lisant, ou avec ma psy.

Et aujourd’hui, alors que je m’apprête à quitter cet appartement, je me sens prête à faire de mon mieux pour créer autour de moi un espace de communication et de pratiques sexuelles qui me conviennent et où je suis actrice, pas spectatrice médusée et blessée. Bien sûr, ça ne dépend pas que de nous, mais apprendre que notre avis est primordial et s’entrainer petit à petit à comprendre que mettre l’autre mal à l’aise parce qu’on exprime nos limites n’est pas une calamité mais une nécessité. Si l’autre est mal à l’aise, tant pis. Cela ne sert à rien de souffrir pour que l’autre se sente bien. Ce n’est pas notre rôle. Si l’autre ne se soucie pas de notre bien-être, alors pourquoi le ferait-on pour lui ? Parce qu’on a l’habitude, parce qu’on pense que c’est notre rôle, qu’on ne mérite pas mieux, qu’on ne trouvera pas mieux, que c’est tout ce à quoi on peut prétendre, parce qu’on a peur, parce qu’on a pas le choix, etc. Je sais, c’est extrêmement difficile et je vous envoie tout mon soutien.

Maintenant, même si c’est parfois un effort considérable, j’ai décidé de me placer en haut de ma liste de priorité, parce que personne ne le fera pour moi, que je le mérite et que je suis celle qui me connait le mieux.

Dans mes relations intimes comme dans mes relations amicales, je veux prendre soin de moi, faire en sorte que je ne souffre pas. Exprimer ses limites et ce qu’on ne veut pas tolérer est un acte extrêmement difficile, ça se travaille, mais ça vaut le coup.

D’un projet créatif à un autre

C’est dans cet appartement que j’ai créé ma première marque de bijoux, Fox Paradox, avec mon meilleur ami Antoine. Il s’agissait d’une marque de bijoux en acrylique et bois découpés au laser, et de pins, autour de la culture japonaise et de la pop culture. Au début, c’était juste un petit truc, arrivé un peu par hasard.

A l’époque j’étais encore en dépression et comme je ne pouvais pas travailler à cause de ma fatigue, je voulais être créative à la maison.

Ça s’est développé et a plutôt bien marché.

Finalement, après un an, j’ai commencé à créer de petites broches en parallèle à cette marque, avec des messages en rapport avec le roller derby peints dessus.

Les broches ont évolué avec des messages insultants ou décalés et c’est comme ça qu’est née ma deuxième marque, Laura Coupeau.

En juillet 2018, j’ai décidé de fermer ma première marque Fox Paradox et de lancer une campagne de financement Ulule pour Laura Coupeau. J’ai récolté 223% de mon objectif en 48h, et c’est un tout nouveau départ qui me donne à la fois envie de pleurer de joie et de hurler de stress.

Mais je suis prête !

Féminisme et compréhension de soi

Pendant ces trois années, je n’ai cessé de lire, de me renseigner sur Internet et sur Instagram et de partager avec mes ami.e.s. Ma compréhension du féminisme a évolué et s’est enrichie, et je me considère maintenant comme féministe intersectionnelle (je vous laisse vous renseigner sur Internet) et je sais reconnaître les groupes oppressés auxquels j’appartiens (personnes assignées femmes, personnes handicapées) mais aussi les groupes privilégiés auxquels j’appartiens (personnes blanches, personnes cis, personnes financièrement stables, etc). Je ne suis pas du tout parfaite dans ce domaine mais j’ai appris à accepter de faire des erreurs et qu’on me le dise, et à me remettre en question.

Je suis devenue vegan et je le suis depuis 3 ans. Je n’ai ni carence, ni envie de manger du camembert, ni envie de fustiger qui que ce soit parce qu’iel mange de la viande.

J’ai découvert le bodypositive et j’ai diversifié mon flux Instagram. Il est maintenant rempli de personnes de tous les genres, blanches ou de couleur, handicapées ou non, grosses, minces, etc. Et c’est un bonheur. J’ai découvert toute la diversité magnifique et infinie des corps qu’on ne nous montrait pas. Mon corps, même s’il est extrêmement privilégié par la société dans laquelle je vis, je l’avais toujours considéré comme une anomalie que je n’autorisais pas les gens à aimer. Aujourd’hui je sais que tous les corps sont valables et dignes d’amour. Je choisis ce qui m’entoure, et je veux m’entourer de personnes qui diffèrent de cette norme absurde, et qui sont toutes magnifiques à leur manière.

Je sais que c’est facile à dire pour moi qui ne diffère pas beaucoup de la norme des médias, mais j’aimerais qu’on soit dans un monde où tout le monde se trouve ultra badass et se sent l’envie de parader et de danser en sous-vêtements, et depuis que j’ai déconstruit mon idée de la beauté, imposée à moi par les médias depuis 25 ans, je vois la beauté partout et c’est une merveilleuse sensation. J’ai parfois encore du mal à la voir en moi, mais de plus en plus souvent j’y arrive.

Je ne me sens plus difforme, et je suis inspirée par toutes ces personnes incroyables qui ont décidé d’exister et de créer leur propre place en ce monde et de récupérer ce qui leur revenait de droit.

J’ai appris que la beauté n’était pas affaire de ventre rentré sur une photo ou de savoir quel côté de mon visage est le plus photogénique. Ce qui me rend belle, ce sont mes intentions, ma bienveillance, mon énergie, ma fureur de vivre et de créer un espace autour de moi pour que les gens se sentent eux-mêmes, en sécurité et qu’ils puissent exprimer tout leur potentiel.

C’est ça mon objectif de vie. Ce n’est plus de perdre 5 ou 10kg mais bien d’être en paix et de créer cet espace où il fait bon vivre. J’aimerais plutôt être une personne pleine de lumière avec qui on se sent en paix qu’une personne qui se sent mince et que les gens admirent pour ça. J’ai pas que ça a foutre et je suis pas née pour ça.

Je suis belle à ma manière pour plein de raison mais pas pour des trucs aussi cons.

En conclusion

Il y a 3 ans et demi, je suis arrivée à Rennes dans cet appartement avec ma dépression, me doutes et une image de moi désastreuse.

Après avoir pleuré, travaillé et pleuré encore, je suis désormais une autre personne.

Je ne pouvais pas me voir en photo. Aujourd’hui, je suis capable de me voir même en vidéo.

Je ne faisais pas de sport depuis le collège. Aujourd’hui c’est devenu une partie importante de ma vie et je ne peux pas vivre sans la danse ou le bodycombat.

J’avais l’impression que je devrais subir toute ma vie des relations amicales ou sexuelles qui ne me conviendraient pas. Aujourd’hui, les personnes qui sont dans ma vie sont peu nombreuses mais sont toutes extrêmement chères à mon coeur. Et un mois avant de quitter cet appartement, je suis tombée sur une personne qui me laisse l’espace pour exprimer mes doutes, mes envies et mes limites, à mon rythme.

Je pensais que l’avenir n’avait rien à proposer à une personne hypersensible et handicapée. Aujourd’hui, j’ai créé mon propre métier qui me correspond et me plait, et je réussis.

Je prenais parfois un médicament qui me faisait planer, et j’étais persuadée que je ne pouvais pas me détendre et m’amuser en société sans alcool ou sans être maquillée et apprêtée. Aujourd’hui je sais que je n’ai pas nécessairement besoin d’altérer ma conscience pour m’amuser, que je n’ai pas à me forcer à aller à des soirées où je ne veux pas aller, que je suis belle avec ou sans maquillage, que je choisis d’être apprêtée quand je veux et pour qui je veux. Et je ne prends plus de drogues.

Tout n’est pas encore parfait, rien ne peut jamais l’être. Mais je suis transformée et les changements les plus importants de ma vie auront eu lieu dans ces 38m2 que j’ai essayé de remplir d’amour et de bienveillance, et que j’ai transformé en nid douillet.

J’espère encore évoluer et grandir dans mon prochain appartement, et créer une atmosphère dans laquelle je me sentirais bien, avec tout mon potentiel.